Il y a quelques temps, au salon funéraire, mon fils me demande pourquoi on offre «nos sympathies».
Je lui ai répondu: «Parce que l’on veut offrir à l’autre, l’espace d’un moment, de prendre une partie de sa douleur.» Nous sommes donc sympathique à ce que l’autre vit; cela signifie prendre en partie la responsabilité de son deuil, sa peine, sa souffrance. Un peu comme un sauveur… Ce triangle de Karpman nous appartient toujours un peu; la différence c’est qu’on peut le comprendre en conscience.
C’est là tout le problème qui vivent les gestionnaires, aujourd’hui : on leur a vendu l’idée d’être empathiques et on leur a enseigné à être sympathiques.
Être empathique, c’est reconnaître le malaise de l’autre sans en prendre la responsabilité.
Être empathique, c’est reconnaître sans absoudre quiconque de ses responsabilités et de la réalité de l’environnement.
La reconnaissance et la prise de responsabilité
Le problème réside en partie dans le fait que les individus ont un besoin de reconnaissance important qui n’est pas comblé et que nous n’aidons personne à prendre leurs responsabilités. Ainsi, on crée une double défaillance à ce qui existe déjà.
Mais en tant que gestionnaire, être un sauveur n’est pas notre rôle. Être empathique, c’est reconnaître le malaise de l’autre sans en prendre la responsabilité. C’est comprendre, sans s’absoudre de ses propres responsabilités.
Pourquoi cette confusion ? Parce que nous cherchons tous la reconnaissance et souvent, nous ne la trouvons pas. Nous n’aidons pas les autres à prendre leurs responsabilités, nous compensons, ce qui crée des équipes désengagées et des projets qui piétinent.
Comprendre l’apathie, l’empathie, la sympathie
Apathie : C’est l’absence de réaction face aux émotions des autres. Un gestionnaire apathique ignore les sentiments de ses employés, ce qui peut créer un environnement de travail austère, froid et impersonnel.
Empathie : Il s’agit de comprendre les émotions et les expériences des autres sans nécessairement les ressentir soi-même. Un gestionnaire empathique reconnaît le stress ou la frustration de ses employés, mais reste objectif et aide à trouver des solutions sans se laisser submerger.
Sympathie : C’est ressentir et partager les sentiments de quelqu’un d’autre. Un gestionnaire sympathique pourrait être trop impliqué émotionnellement, ce qui pourrait nuire à la prise de décision objective.
Les risques de la sympathie dans une équipe
Longtemps, on a connu l’image du gestionnaire apathique et très directif. Dans les années 80, avec l’essor des théories du leadership participatif, on a commencé à valoriser l’empathie dans le rôle de gestionnaire. Cependant, il y a eu des distorsions dans la compréhension et de plus en plus de gestionnaires compétents sont devenus sympathiques et épuisés .
Les gestionnaires, inconsciemment formés à la sympathie, peuvent se retrouver piégés dans le Triangle de Karpman, oscillant entre les rôles de victime, persécuteur et sauveur. Cette dynamique mène, inconsciemment, à des environnements de travail dysfonctionnels où les responsabilités sont mal définies et les conflits mal gérés.
La reconnaissance au travail est essentielle, mais elle doit être équilibrée. Les gestionnaires doivent être formés à reconnaître les accomplissements de manière objective et constructive, sans tomber dans la flatterie excessive ou la complaisance. La reconnaissance, c’est aussi dans les difficultés, comprendre le sentiment de l’autre, l’encourageant vers la responsabilité, et non pas envers la culpabilité (qui éveille nos saboteurs).