La responsabilité du leader, inspirée par Le Petit Prince

Sources & références

Ceux qui me connaissent savent mon amour pour Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Ils savent aussi que je suis profondément connectée à une vérité fondamentale de ce conte : « Nous sommes responsables de ce que nous avons apprivoisé ». Cette citation résonne particulièrement dans le contexte du leadership, y compris en entreprise. Un bon leader ne se contente pas de diriger; il fait preuve d’intérêt pour l’autre, de reconnaissance et de présence, des qualités intrinsèquement liées à l’empathie. Cela implique une responsabilité unique envers ses pairs.

L’Empathie : au cœur du leadership

L’empathie est une compétence cruciale pour tout leader souhaitant créer un environnement de travail harmonieux et productif. Comprendre les émotions, les besoins et les motivations de ses autres (équipe, clients, partenaires) permet au leader d’établir des relations de confiance et de respect mutuel. L’empathie ne signifie pas seulement écouter, mais aussi comprendre le ressenti et reconnaître, de manière appropriée, les préoccupations des autres. Souvent, nous n’avons pas besoin de répondre, soutenir, résoudre ou compenser, car cela peut nous amener à adopter une posture de sauveur. Reconnaître simplement les préoccupations des autres, c’est déjà beaucoup ! « On ne connaît que les choses que l’on apprivoise. » Ainsi, chacun conserve sa part de responsabilité.

Un leader empathique est capable de reconnaître les signes de stress ou de démotivation parmi ses employés et peut intervenir de manière proactive pour offrir un soutien. Comment ?

– S’il te plaît… apprivoise-moi ! dit-il.

– Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n’ai pas beaucoup de temps. J’ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.

– On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !

– Que faut-il faire? dit le petit prince.

– Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près…

Le lendemain revint le petit prince.

– Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur… Il faut des rites.

Ce qui m’a conduit à créer PHÉNIX, c’est cette connexion à l’empathie comme compétence clé, aussi bien en design de services, entrevues ethnographiques et coaching de gestion. Dans une pratique réelle, ce ne sont pas les formations, les conférences et les consultants qui modèlent le leadership et l’empathie. C’est plutôt la capacité consciente à créer des rites, à renouveler régulièrement la relation et la confiance, et à assurer une présence soutenue qui créent les mécanismes naturels.

Le co-développement, c’est Grandir ensemble

Le co-développement est une approche collaborative où les membres de l’équipe partagent leurs connaissances et compétences pour atteindre des objectifs communs. Cette méthode encourage la croissance personnelle et professionnelle, tout en renforçant la cohésion d’équipe. Dans un environnement de co-développement, chaque membre est à la fois apprenant et enseignant, contribuant activement à l’amélioration collective.

Dans Le Petit Prince, la relation entre le Petit Prince et l’aviateur est un exemple poignant de co-développement. Ensemble, ils apprennent l’un de l’autre, grandissent et se soutiennent mutuellement. Le Petit Prince partage ses histoires et ses leçons de vie, tandis que l’aviateur découvre des vérités profondes sur l’amour et la responsabilité. Leur interaction commence par une demande simple mais révélatrice : « S’il vous plaît… dessine-moi un mouton ! » Cette demande, faite par le Petit Prince à l’aviateur, illustre comment les leaders et leurs équipes peuvent se poser des questions simples mais significatives pour encourager la compréhension et la croissance mutuelle.

 – Dessine-moi un mouton…

J’ai sauté sur mes pieds comme si j’avais été frappé par la foudre. J’ai bien frotté mes yeux. J’ai bien regardé. Et j’ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement. Voilà le meilleur portrait que, plus tard, j’ai réussi à faire de lui. Mais mon dessin, bien sûr, est beaucoup moins ravissant que le modèle. Ce n’est pas ma faute. J’avais été découragé dans ma carrière de peintre par les grandes personnes, à l’âge de six ans, et je n’avais rien appris à dessiner, sauf les boas fermés et les boas ouverts.

Je regardai donc cette apparition avec des yeux tout ronds d’étonnement. N’oubliez pas que je me trouvais à mille milles de toute région habitée. Or mon petit bonhomme ne me semblait ni égaré, ni mort de fatigue, ni mort de faim, ni mort de soif, ni mort de peur. Il n’avait en rien l’apparence d’un enfant perdu au milieu du désert, à mille milles de toute région habitée. Quand je réussis enfin à parler, je lui dis:

– Mais… qu’est-ce que tu fais là ?

Et il me répéta alors, tout doucement, comme une chose très sérieuse:

– S’il vous plaît… dessine-moi un mouton…

Quand le mystère est trop impressionnant, on n’ose pas désobéir. Aussi absurde que cela me semblât à mille milles de tous les endroits habités et en danger de mort, je sortis de ma poche une feuille de papier et un stylographe. Mais je me rappelai alors que j’avais surtout étudié la géographie, l’histoire, le calcul et la grammaire et je dis au petit bonhomme (avec un peu de mauvaise humeur) que je ne savais pas dessiner. Il me répondit: «– Ça ne fait rien. Dessine-moi un mouton.»

Un leader qui favorise le co-développement reconnaît que la richesse des idées et des compétences réside dans la diversité de son équipe. En encourageant les échanges et les collaborations, en acceptant le droit à l’erreur et en favorisant l’agilité dans la mise en place, il crée une culture d’apprentissage continu et d’innovation.

Alors j’ai dessiné.

Il regarda attentivement, puis:

– Non! Celui-là est déjà très malade. Fais-en un autre.

Je dessinai:

Mon ami sourit gentiment, avec indulgence:

– Tu vois bien… ce n’est pas un mouton, c’est un bélier. Il a des cornes…

Je refis donc encore mon dessin:

Mais il fut refusé, comme les précédents:

– Celui-là est trop vieux. Je veux un mouton qui vive longtemps.

Alors, faute de patience, comme j’avais hâte de commencer le démontage de mon moteur, je griffonnai ce dessin-ci.

Et je lançai:

– Ça c’est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans.

Mais je fus bien surpris de voir s’illuminer le visage de mon jeune juge:

– C’est tout à fait comme ça que je le voulais ! Crois-tu qu’il faille beaucoup d’herbe à ce mouton ?

– Pourquoi ?

– Parce que chez moi c’est tout petit…

– Ça suffira sûrement. Je t’ai donné un tout petit mouton.

Il pencha la tête vers le dessin:

– Pas si petit que ça… Tiens ! Il s’est endormi…

Et c’est ainsi que je fis la connaissance du petit prince.

Les questions curieuses: coacher, challenger et créer

Poser des questions curieuses est un autre apprentissage subtil et essentiel que Le Petit Prince nous a laissé en héritage. Ces questions encouragent les employés à réfléchir de manière critique et à proposer des solutions innovantes. Elles démontrent également que le leader s’intéresse véritablement aux idées et aux opinions de son équipe, renforçant ainsi la confiance et l’engagement.

Comme le montre le passage suivant : « Il me fallut longtemps pour comprendre d’où il venait. Le Petit Prince, qui me posait beaucoup de questions, ne semblait jamais entendre les miennes. Ce sont des mots prononcés par hasard qui, peu à peu, m’ont tout révélé. » Cette citation illustre comment les questions curieuses peuvent aider à découvrir des vérités profondes et à créer des liens plus forts.

Les questions curieuses peuvent prendre diverses formes, mais elles partagent toutes un objectif commun : stimuler la réflexion et l’exploration. Ces questions ouvrent la porte à de nouvelles perspectives et encouragent l’innovation de pensées.

Ces questions curieuses nous obligent souvent à aller voir ce qui se passe sur le terrain, à être aussi Explorateur. Cela évite bien des croyances reposant sur les perspectives des autres, des histoires et expériences qui limitent les angles.

– Elle est bien belle, votre planète. Est-ce qu’il y a des océans ?

– Je ne puis pas le savoir, dit le géographe.

– Ah! (Le petit prince était déçu.) Et des montagnes ?

– Je ne puis pas le savoir, dit le géographe.

– Et des villes et des fleuves et des déserts ?

– Je ne puis pas le savoir non plus, dit le géographe.

– Mais vous êtes géographe !

– C’est exact, dit le géographe, mais je ne suis pas explorateur. Je manque absolument d’explorateurs. Ce n’est pas le géographe qui va faire le compte des villes, des fleuves, des montagnes, des mers, des océans et des déserts. Le géographe est trop important pour flâner. Il ne quitte pas son bureau. Mais il y reçoit les explorateurs. Il les interroge, et il prend en note leurs souvenirs. Et si les souvenirs de l’un d’entre eux lui paraissent intéressants, le géographe fait faire une enquête sur la moralité de l’explorateur.

– Pourquoi ça ?

– Parce qu’un explorateur qui mentirait entraînerait des catastrophes dans les livres de géographie. Et aussi un explorateur qui boirait trop.

– Pourquoi ça ? fit le petit prince.

– Parce que les ivrognes voient double. Alors le géographe noterait deux montagnes, là où il n’y en a qu’une seule.

– Je connais quelqu’un, dit le petit prince, qui serait mauvais explorateur.

– C’est possible. Donc, quand la moralité de l’explorateur paraît bonne, on fait une enquête sur sa découverte.

– On va voir ?

– Non. C’est trop compliqué. Mais on exige de l’explorateur qu’il fournisse des preuves. S’il s’agit par exemple de la découverte d’une grosse montagne, on exige qu’il en rapporte de grosses pierres.

Le géographe soudain s’émut.

Les rites, l’exploration et les questions curieuses permettent de reconnaître l’unicité de chaque moment, transformant les événements en pièces précieuses de notre patrimoine collectif. Ces pratiques nous encouragent à capturer et à célébrer les moments significatifs, à les inscrire dans l’histoire et à en faire des jalons qui enrichissent notre compréhension collective et notre culture organisationnelle. Elles permettent de créer une mosaïque d’images partagées et d’apprentissages durables, valorisant chaque expérience comme un bagage socio-culturel à conserver et à transmettre.
– J’ai aussi une fleur.

– Nous ne notons pas les fleurs, dit le géographe.

– Pourquoi ça ! c’est le plus joli !

– Parce que les fleurs sont éphémères.

– Qu’est ce que signifie: “éphémère” ?

– Les géographies, dit le géographe, sont les livres les plus précieux de tous les livres. Elles ne se démodent jamais. Il est très rare qu’une montagne change de place. Il est très rare qu’un océan se vide de son eau. Nous écrivons des choses éternelles.

– Mais les volcans éteints peuvent se réveiller, interrompit le petit prince. Qu’est-ce que signifie “éphémère” ?

– Que les volcans soient éteints ou soient éveillés, ça revient au même pour nous autres, dit le géographe. Ce qui compte pour nous, c’est la montagne. Elle ne change pas.

– Mais qu’est-ce que signifie “éphémère” ? répéta le petit prince qui, de sa vie, n’avait renoncé à une question, une fois qu’il l’avait posée.

– Ça signifie “qui est menacé de disparition prochaine”.

– Ma fleur est menacée de disparition prochaine ?

Cette discussion met en lumière les questions du Petit Prince, et particulièrement la fiabilité des données du géographe, collectées via un spectre de perceptions rapportées, mettant en cause la posture du géographe qui ne quitte jamais son bureau. Une métaphore pour le leader qui lui non plus ne sort jamais de son bureau pour écouter et comprendre son environnement et conçoit des plans et théories à partir d’éléments qu’on lui a rapportés. Ensuite, comment avoir un impact sur son milieu?

«L’innovation est le résultat d’une curiosité insatiable et de l’empathie pour les besoins des autres.» – Satya Nadella

Descendre le pouvoir et monter le leadership: assurer une co-responsabilité et alléger le rôle des gestionnaires.

La santé du gestionnaire est cruciale pour le bien-être global de l’équipe. Un leader stressé ou épuisé peut involontairement augmenter les risques psychosociaux au sein de son équipe. La réduction des risques psychosociaux est un enjeu majeur pour les entreprises, particulièrement à la sortie de la pandémie. Les risques psychosociaux peuvent inclure le stress, le harcèlement, le burn-out, et d’autres facteurs qui affectent négativement la santé mentale et physique des employés. Un leadership empathique et responsable joue un rôle clé dans la prévention de ces risques.

Les leaders peuvent prendre plusieurs mesures pour réduire les risques psychosociaux dans leur équipe. Cela peut inclure la promotion d’une culture d’intérêt et de partage (questions curieuses), favorisant l’inclusion, et la mise en place de mécanismes favorisant la communication ouverte.

Le Petit Prince apprend du renard que la vie est pleine de moments difficiles et de belles découvertes : « Les étoiles sont belles, à cause d’une fleur que l’on ne voit pas… » Cet extrait met en lumière l’importance de percevoir au-delà des apparences; les étoiles et la rose symbolisent l’importance de l’intangible et du sentiment, des éléments essentiels pour un bien-être profond.

Un leadership empreint d’empathie, de responsabilité et de curiosité, tel que décrit par Saint-Exupéry, est inspirant pour le succès durable d’une organisation. Les leaders qui adoptent une posture de vulnérabilité, prêts à la connexion et à l’apprivoisement de l’autre, obtiennent de meilleurs résultats. La mobilisation, c’est en d’autres termes une relation. Ainsi, réduire les risques psychosociaux, c’est aussi créer un climat qui permet aux individus de trouver, dans une posture d’apprenant, cette même beauté et satisfaction dans leur travail, en créant un environnement où ils peuvent se sentir valorisés et épanouis.