Pourquoi demander de l’aide reste-t-il si difficile?

Sources & références

Texte diffusé sur LinkedIn, le 2 juillet 2025.

Essai sur la question par une journée qui surchauffe…

Écrire me détend et structure ma pensée. Je me permets donc de philosopher par cette chaleur, sur une réflexion très sérieuse, et surtout sans me prendre au sérieux. Aucune référence scientifique, c’est ma psycho-pop, donc un essai sur cette question «Pourquoi demander de l’aide reste-t-il si difficile?». Vos reflets sont les bienvenus, écrivez-moi.

Je connais et reconnais cette frustration: oser demander et se retrouver plus contracté, démuni, déstructuré qu’avant. Je réfléchis à cette situation depuis un moment dans l’espoir de mieux comprendre sur les dynamiques complexes qui entourent notre rapport à l’aide. Pourquoi tant de personnes évitent d’en demander, même quand elles en ont vraiment besoin. Il y a quelques semaines, dans un cercle, j’ai entendu une personne partager qu’elle devait maintenant apprendre à demander et surtout recevoir de l’aide. Qu’elle avait souvent solliciter des ressources et comprenaient maintenant la nuance, rendant le tout plus difficile. Une nuance qui a germé assez vite dans mon esprit.

La nuance entre demander de l’aide et des ressources

Il existe une différence fondamentale entre demander de l’aide et demander des ressources, et cette distinction est souvent mal comprise. Demander de l’aide, c’est chercher, je crois, un espace pour réfléchir tout haut, structurer sa pensée, prioriser ses actions ou simplement ne pas se sentir seul face à un défi. L’aide est souvent intangible au départ. Demander des ressources, c’est vouloir des outils concrets, des solutions pratiques ou des informations spécifiques. Demander de l’aide, c’est aussi être soutenu pour se sentir compétent à opérer ces outils transmis… La confusion entre ces deux besoins crée des malentendus profonds qui peuvent transformer une demande légitime en expérience parfois déroutante.

Le piège invisible de la dépendance

Stephen Covey enseigne que nous évoluons naturellement de la dépendance vers l’indépendance, puis vers l’interdépendance. Quel cadeau j’ai reçu pour mes 40 ans! 😅Pourtant, trop souvent, l’aide nous ramène vers la dépendance sans que nous nous en rendions compte. L’aidant, animé des meilleures intentions, voit ce que l’aidé ne perçoit pas encore, comprend plus rapidement la situation et agit en conséquence. Cette dynamique, bien qu’elle parte d’une bonne intention, finit souvent par bousculer l’aidé dans ses capacités réelles et ses compétences perçues. Finalement, peu se sentir assez vite démuni. Le résultat? L’aidé reste dans une posture d’incompétence et développe une dépendance plutôt qu’une autonomie renforcée. (Après on dit qu’on veut que les gens soient plus responsables, imputables…)

On m’a transmis trois postures distinctes à observer qui définissent la qualité de l’aide apportée.

Le «faire pour» où l’aidant prend entièrement la responsabilité du problème (risque d’être un sauveur), laissant l’aidé dans une position passive et dépendante (à moins d’une délégation précise et consciente… alors est-ce de l’aide ou une délégation. J’y réfléchis encore). Cette approche, bien qu’elle puisse sembler efficace à court terme, prive l’aidé de l’opportunité d’apprendre et de développer ses propres capacités.

Le «laisser faire» représente l’autre extrême, celui de l’autonomie totale. Cette posture n’est ni bonne ni mauvaise en soi; tout dépend de l’intention qui la guide et de la qualité de la communication qui l’accompagne. Elle peut être appropriée quand l’aidé a besoin d’espace pour expérimenter, mais elle peut aussi être perçue comme de l’isolement si elle n’est pas bien comprise. C’est aussi parfois un bel espace de lâcher-prise pour l’aidant…

Le «faire avec» incarne l’interdépendance qui nourrit beaucoup ma conscience. C’est la création d’un espace de partenariat et de co-création qui vise l’empuissancement conscient de l’aidé. Dans cette dynamique, l’aidé reste pleinement responsable de son succès tout en recevant des effets de levier de l’aidant, et ce, en parfaite synchronicité avec sa capacité de réceptivité et d’intégration.

Le succès de toute demande d’aide repose sur plusieurs éléments interconnectés qui forment un écosystème de communication. Il y a d’abord l’attente transmise par l’aidé, puis le message effectivement reçu par l’aidant. S’ajoutent l’écoute réelle de l’aidant, sa capacité effective à aider, la synchronicité entre les deux personnes, et finalement la capacité de l’aidé à recevoir tant la réponse que l’aide offerte. Quand un de ces éléments fait défaut, toute la dynamique peut s’effriter.

Finalement, ça peut bien être normal d’avoir de la difficulté à demander de l’aide. Sommes-nous entrainer à demander? Aussi bien que de répondre à la demande…

Comment évoluer vers l’interdépendance

Pour passer du «faire pour» au «faire avec», l’aidé a d’abord l’opportunité de se responsabiliser et de communiquer clairement ses attentes. Il peut s’offrir une demande claire : «J’ai besoin qu’on fasse avec moi. Je suis à cette étape. Je cherche tel rythme et je désire passer par telle voie.» plutôt que de laisser l’aidant choisir ses besoins réels. Cette démarche exige de l’aidé qu’il fractionne son besoin, qu’il le structure, qu’il définisse le minimum requis qui créera un point de bascule vers son indépendance, et qu’il soit conscient de ses propres limites en regard de sa capacité et de son individualité.

L’aidant a une aussi un part importante de responsabilité, pour viser une co-responsabilité. Écouter, respecter, rythmer, dans une posture totalement dévouée et empathique. C’est-à-dire, pas en fonction de ses croyances, et plutôt, en ayant confiance en l’aidé et le laissant guider. Souvent, l’aide est guidé par une perception personnelles où nos propres mécanismes. Malheureusement, l’égocentrisme altère la qualité de l’altruisme.

Quand la confiance s’installe entre les deux parties, cette communication devient fluide et l’aidé peut ajuster sa demande selon l’évolution de ses besoins. Il peut l’accroître, la ralentir ou la retirer avec harmonie et bienveillance, toujours en cohérence avec lui-même et son besoin véritable.

«Donnez un poisson à un homme et vous le nourrissez pour un jour. Apprenez-lui à pêcher et vous le nourrissez pour la vie.»

– Proverbe chinois

L’art de bien demander

Demander de l’aide est un art qui nécessite une connaissance profonde de soi. Cela implique de connaître ses limites, ses capacités actuelles et son individualité. C’est aussi définir des paramètres clairs pour éviter que l’aidant, même avec les meilleures intentions, impose sa vision du problème ou sa solution. L’objectif est de créer un espace de collaboration authentique où chacun garde sa responsabilité tout en contribuant à l’objectif commun.

Cette approche transforme la demande d’aide d’un aveu de faiblesse en un acte de courage et de maturité. Elle permet de développer des relations d’interdépendance saines qui enrichissent toutes les parties impliquées et créent des solutions durables.

C’est un peu fou… mais depuis un moment, je définis parfois l’aide (selon ces principes) avant une demande d’aide. On s’entend sur la signification, et je demande de l’aide après consentement des règles. Dès lors, je garde tout mon pouvoir d’être et d’agir!